plaques rectangulaires en cuivre (comme celles que portent, sur les céramiques, les personnages qui figurent sur les scènes de danse avec une corde…), son grand sceptre en or et cet autre, plus petit en argent… Sans compter, sous le squelette, cet ornement en or, ce grand cimier en forme de demi-lune et de couteau sacrificiel (tumi) qui dominait la coiffe. Exactement comme sur ces poteries où les artistes mochicas ont reproduit la grande scène du sacrifice.  Celle sur laquelle un Seigneur, un être divinisé - il porte des crocs - et une coiffe à cimier, reçoit une coupe des mains d'un homme oiseau, précédant une prêtresse… Walter Alva fait un autre constat. Les ornements en or sont tous disposés à la droite du Seigneur, ceux en argent à sa gauche. Est-ce pour signifier - comme l'écrit l'archéologue Marcel Arroyo Rios - « la dualité et la complémentarité de l'univers dans la pensée mochica » ? Seul fait certain : pour son ultime voyage, le Seigneur ne « voyageait » pas seul. Outre « Le Gardien » qui surplombait le grand sarcophage - long de 2,10 m sur 1,20 m de large -, des cercueils de canne sont disposés tout autour. Walter Alva et son équipe y découvrent les restes de trois jeunes femmes d'une vingtaine d'années. La première idée est qu'il s'agit de ses concubines ou de ses épouses. De fait, il apparaîtra que ces jeunes femmes étaient mortes bien des années avant d'être déposées dans la tombe. Un lama sacrifié sera retrouvé sous deux de leurs cercueils. L'inventaire n'est pas clos. Deux squelettes d'hommes sont également dégagés de part et d'autre du grand sarcophage. L'un, âgé de 35 à 50 ans, portant l'équipement du soldat, l'autre de 35 à 45 ans, est accompagné d'un chien. Enfin, le squelette d'un enfant de dix ans, chétif, sera retrouvé en position assise.   Pas seulement des mythes… Après la tombe du Seigneur de Sipán, d'autres fouilles menées sur le site, en 1988 et  1989, conduiront à trouver sous la même pyramide d'autres chambres funéraires également riches en matériel. Et d'abord celle du Prêtre, « El Sacerdote », qui sera datée du 3e siècle de notre ère, quasi contemporain de celle du Seigneur puis, entre autres, celle du « Vieux Seigneur » remontant, au 1er siècle. Depuis lors, les datations ont été sérieusement revues à la baisse par les scientifiques, puisqu'il est désormais établi que le Prêtre a été inhumé au VIIIe siècle*… Par ailleurs, c'est à l'occasion d'une fouille menée par Christopher Donnan et Luis Jaime Castillo, en 1991, toujours au nord du Pérou, sur le site de San Jose de Moro, que les archéologues vont établir plus encore des concordances entre les mythes peints ou modelés sur les vases et les rites des Mochicas…. En effet, la sépulture d'une grande prêtresse y est découverte. Avec, parmi les objets du mobilier funéraire, une coupe en céramique - avec son pied conique caractéristique - en tout point similaire à celle que tend la prêtresse peinte sur la « scène du sacrifice ».  Après  la  coiffe     La tombe du Seigneur et (ci-dessous)  une partie des offrandes qui l’accompagnent. Photos ©  José Pineda Reconstitution de la tombe du Seigneur de Sipán. Au centre :  le Seigneur, autour ses “accompagnants”  et les offrandes (céramiques). A gauche de la photo : le  squelette du “gardien”... Photo ©  José Pineda (suite)