Le capitaine espagnol Hernán Cortès a conquis le Mexique avec 550 hommes, 16 chevaux et onze navires. Son cousin, Francisco Pizarre, lui, dispose de 180 soldats et d'une soixantaine de chevaux lorsqu'il débarque à Tumbez, sur la côte nord du « Pirou * ». L'empire, le Tahuantinsuyu, comme l'appellent les Incas, est constitué de tribus disparates, dont certaines récemment conquises. Le territoire s'étend bien au-delà des frontières actuelles du Pérou, puisqu'il recouvre en bonne partie l'Équateur, la Colombie et le Chili. Pizarre et ses hommes commencent à explorer la côte, en direction du sud, et choisissent de s'établir à proximité de la mer. C'est alors que parvient la nouvelle… Avant de mourir, en 1528, l'Inca Huayna Capác** a réparti l'empire entre ses deux fils : Huascar et son demi-frère Atahualpa. Or les deux hommes viennent de s'affronter et Huascar est défait. Pour l'heure, Atahualpa et son armée sont stationnés près des sources thermales de la ville de Cajamarca, à 2720 m d'altitude. À quelques jours de marche du lieu où se trouve Pizzare. L'occasion est trop belle. La  troupe s'engage sur le chemin qui le mène à l'Inca. Précédemment, Pizarre s'est assuré de la résolution de ses hommes. Laissant à chacun la liberté de le suivre ou non. L'approche s'effectue sans encombre. Une ambassade est envoyée à l'Inca. Finalement, ce dernier accepte une rencontre. Pour son malheur… Sûr de sa toute-puissance (il a le nombre pour lui !), Atahualpa se rend avec un impressionnant cortège au rendez-vous fixé. Un guet-apens. Comme l'a précédemment fait Cortès au Mexique, Pizarre entend s'emparer du maître de l'Empire inca. Au signal, les Espagnols tirent sur les Indiens qui portent la litière d'Atahualpa et le font prisonnier. C'est la panique. La débandade. Car nombre d'Indiens qui accompagnent l'Inca sont venus sans armes. En échange d'un fabuleux trésor Pendant des mois, Atahualpa va continuer à mener grand train, entouré de ses proches et de ses concubines. En échange de sa liberté, il finit par fixer lui-même le montant de la rançon ! Il promet aux Espagnols - qu'il sait maintenant avide d'or et d'argent -  un fabuleux trésor****. De quoi remplir la chambre qu'il occupe. Jusqu'à hauteur de sa main qu'il lève au plus haut au-dessus de sa tête. D'abord incrédule, Pizarre finit par accepter. Deux mois sont accordés à Atahualpa pour tenir son engagement. Ce dernier donne des ordres vite retransmis par les messagers qui sillonnent l'Empire. Et le fait est : chaque jour, à dos de lamas, arrivent en quantité des pièces d'orfèvrerie. Le plus souvent de la vaisselle en or. Mais pas assez. Et pas assez vite au gré des Espagnols qui ont hâte de se partager le butin. Une question taraude Pizarre : à terme, que faire de cet encombrant et dangereux prisonnier ? Car l'Inca est toujours aussi respecté par son peuple. Et puis, son vœu le plus cher ne vient-il pas d'être exhaussé ? Son frère, Huascar, a été assassiné. Alors que la donne a changée  - le capitaine Almagro et sa troupe viennent de rejoindre Pizarre - il est décidé d'en finir avec l'Inca. Après un simulacre de procès, l'empereur est condamné à mort. On le destine au bûcher. Refusant d'être brûlé vif - ce qui, pour lui, l'empêcherait à jamais de renaître - il accepte d'être garrotté, après avoir été baptisé. Comme un château de cartes… L'inca était le chef suprême, l'homme-dieu. Celui qu'on vénérait de son vivant autant qu'après sa mort, en conservant pieusement sa momie. Non pas dans un tombeau, mais dans le Temple du Soleil, voire dans son propre palais, avec ses serviteurs. Momie que l'on promenait en litière lors de grandes cérémonies où l'on vantait les exploits du défunt… Lorsque Pizarre commet son forfait, Christophe Colomb a «  découvert » l'Amérique depuis 41 ans (1492) et Hernán Cortès s'est emparé du Mexique 13 ans auparavant, en 1520. L'assassinat d'Atahualpa va rapidement engendrer la fin de l'Empire Inca. Certes, les Espagnols font couronner Manco, frère de Huascar… mais ce dernier n'est pas un pantin. Il finit par se rebeller. Après son exécution, ses fils mèneront la résistance, mais en vain. L'Empire Inca reposait sur l'agriculture et une organisation sans faille, servie par des fonctionnaires zélés et puissants, chargés de répercuter les décisions du haut pouvoir central. Notamment en matière de collectes et de distributions alimentaires. Des réserves considérables de maïs, de quinoa, de manco (cette plante a été remplacée par le blé) étaient constituées, afin d'éviter que la communauté souffre de la faim, en cas de longue sécheresse ou de catastrophe climatique (El Niño). Avec la mort d'Atahualpa, le système s'effondre tandis que, pris de vertige par les richesses du pays, les Espagnols sont partout en quête d'or et d'argent… Pizarre n'en profitera pas longtemps. Il est assassiné en 1541 par le fils de Diego de Almagro dont il avait fait arrêter et exécuter le père. Envoyé par Charles Quint, Pedro de la Gasca crée la vice-royauté du Pérou, en 1542. Les Amérindiens seront plus que jamais exploités. Envoyés dans les mines et convertis de force au christianisme. Dans son testament, Mancio Serra de Leguizamo***** dresse un portrait enthousiaste de ce qu'il a vu à son arrivée au Pérou : « Il n'y avait ni un voleur, ni un homme vicieux, ni un paresseux, ni une femme adultère ou de mauvaise vie [ ] Les sujets avaient tous des préoccupations honnêtes et profitables ». Quant à la mort prématuré d'Atahualpa, elle laisse à penser que tout l'or et l'argent promis ne sont pas arrivés à Cajamarca. Apprenant la nouvelle de son exécution, les proches de l'Inca, dont le général Rumiñahui, se seraient empressés de cacher les monceaux de vaisselle et d'objets précieux qu'ils destinaient à la libération du fils du Soleil. Pour certains explorateurs, comme Philippe Esnos******, ce fabuleux trésor (qu'il estime à près de 700 tonnes de pièces archéologiques) se trouve en Équateur. C'est en tout cas là, au sud de Quito, à 4000 mètres d'altitude, dans la chaîne des Llanganatis (Cordillère des Andes), qu'il dit être tout près de découvrir la momie d'Atahualpa et les biens précieux qui l'entourent. Tandis que Thierry Jamin, lui, continue de chercher Païtiti - la cité perdue qui renferme les restes de la rançon d'Atahualpa - en Amazonie péruvienne… *    Viendrait de l'appellation d'une rivière ou plus sûrement du mot grenier en quechua, la langue des Incas. ** Selon les chroniqueurs, treize empereurs incas se seraient succédé jusqu'à la chute d'Atahualpa. Le premier d'entre eux, Manco Capác est, d'après la légende,  sorti du monde souterrain avec ses frères et ses sœurs. *** A juger de certaines fouilles récentes, près de Lima, nombre d'Indiens ont aidé les conquistadors à renverser le pouvoir en place au Pérou. **** Jakob WASSERMANN  L'or de Cajamalca. Récit traduit de l'allemand par François Mathieu. Medium. 2005. ***** Selon un extrait de son testament publié par Google dans le Magasin Pittoresque de M. Edouard Charton. Vingtième année. 1852. Page 214. ****** Lire : " Chasseur de trésor. L'or des Incas " de Philippe Esnos. Édition Alphée. Juin 2008. Peu avant la sortie du livre, Philippe Esnos est retourné sur les lieux de ses fouilles, en Equateur, avec une équipe de " Envoyé Spécial ". Emission diffusée le 26 juin 2008. 29 août 1533 : la fin tragique du grand Inca Atahualpa Ou comment Pizarre s'est emparé du Pérou   Le grand Inca Atahualpa fait prisonnier    par les Conquistadors.   Dessin de Guaman Poma de Ayala (1615)   L’oeuvre extraordinaire de ce dernier est   à découvrir via le lien suivant : Pour découvrir les commentaires royaux de Garcilaso de la Vega Les Incas Peuple du Soleil. Par Carmen Bernand. Découverte-Gallimard  2010. http://www.kb.dk/permalink/2006/poma/info/ en/frontpage.htm Février 1987 :  la découverte de la tombe du Seigneur de Sipan Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions...    CLIQUEZ ICI