. Pour quelles découvertes ? Ici, en plein désert, entre cinq et trente kilomètres des côtes du Pacifique, ce sont des voies rectilignes (potentiellement des géoglyphes) parfois larges de 40 mètres ** qui, sur des kilomètres, se dédoublent au moment de franchir un col. D'un côté en un large escalier taillé dans la pierre et, de l'autre, en un étroit sentier. Tous deux se rejoignent pour aboutir à des restes de murailles, hier percées de chicanes, où devait s'opérer le contrôle des populations. Là, à proximité de l’ensemble monumental de  Moxeque et de Pampa de Las Llamas situé dans la vallée du Casma, et cependant jusqu'ici dissimulé au regard de tous (mais pas à l'œil de lynx de José Pineda Quevedo) c'est un bien étrange chemin - sans doute le plus énigmatique des géoglyphes – qui nous est révélé. A l'évidence, il a d'abord été parfaitement nettoyé et lissé avant d'être, sur tout son parcours hérissé de pierres, toutes calibrées et sélectionnées dans l'environnement immédiat, qui (pour quelle raison ?) l'ont détourné de sa fonction première afin de le rendre impraticable ***. Là encore, perpendiculairement à  la large voie qui mène à la pyramide de Sechín Alto, c'est une piste qui se dirige droit devant en direction du sommet du lointain Apu qui du haut de ses 1350 mètres domine les vallées de Casma et Sechín  : le Cerro Mirador. A toutes ces découvertes s'ajoutent, en lisière des pistes et des chemins de nombreux pétroglyphes et abandonné par les huaqueros, un foyer circulaire enterré, avec conduit de ventilation et parois enduites, comme on en trouve à Caral et à Kotosh. Mais aussi les ruines non profanées d'un temple en U, au sommet d'un col, comme on en voit seulement au fond de la vallée de Moche. Une première étude sera publiée dans le numéro 31 de la revue Arqueologicas du Musée National d’Archéologie et Anthropologie de Lima. Il restera à analyser et à dater beaucoup de ces trésors. Mais aussi à poursuivre l’inventaire de ces tracés qui relient, dans une conception générale de l'espace encore à découvrir, temples, pyramides et apus afin d'affiner notre connaissance de la pensée andine, en tenant compte de l'urgence car les bulldozers sont en marche... *        Responsable du projet archéologique Huacas del Sol et de la Luna. **      La largeur du périphérique à Paris  ! ***    A huit kilomètres de là, dans la plaine de la moyenne vallée du Sechín, José Pineda Quevedo a mis en évidence une série de chemins-géoglyphes qui s’entrecroisent dont une voie rectiligne de 36.5 mètres de large, aujourd’hui perceptible sur 1500 mètres et qui en faisait probablement 5500 à l’époque de son usage si, comme le suggère l’étude actuelle, elle conduisait les pèlerins au centre cérémoniel de Sechín Alto et, notamment, à une pyramide de 300 mètres par 250 de base et 44 m de hauteur, dont l’axe de composition est aligné sur celui du chemin en question. José Pineda Quevedo vient de découvrir de nouveaux réseaux de chemins et de nouveaux géoglyphes au Pérou. Après celui serpentiforme à Nazca (précisément à Cahuachi), en 1984, alors qu'il travaillait au côté d'Helaine Silverman, c'est beaucoup plus au nord du pays, entre Lima et Trujillo, dans les vallées de Sechín et de Casma que l'architecte, grand analyste des photos aériennes (son maître était Carlos Williams) a révélé l'existence de nombreux tracés inconnus qu'il est allé étudier in situ accompagné, sur les recommandations de Ricardo Morales*, du jeune archéologue péruvien Jorge Gamboa, fin connaisseur de la céramique précolombienne. A l'origine des recherches, l'envie de vérifier si les pistes et chemins anciens déjà découverts par José Pineda Quevedo dans la vallée de Moche – ces chemins dont quelques-uns duels et parfois larges de 25 mètres, bordés de murets de pierres et  entrecoupés de points de contrôle – se retrouvaient dans d'autres vallées du Pérou. Cette fois encore, c'est la photo aérienne (José Pineda Quevedo dispose de nombreux clichés militaires pris du ciel à différentes périodes pour le compte du Service de Photographie Aérienne Nationale) et l'étude attentive des images fournies par Google Earth qui lui ont permis de préparer minutieusement sa nouvelle expédition. Stimulé par le triste constat des destructions (irréparables) causées au fil des années par l'extension d'élevages de poulets et d'exploitations agricoles ou de mines clandestines qui dévorent un territoire hier public et, avec lui, le patrimoine culturel du pays. Le plus énigmatique des géoglyphes Ces géoglyphes et chemins anciens  découverts au nord du Pérou Déjà sous la menace de destruction... Nord du Pérou                                                                                     2017  Comme à Cahuachi, mais ici au nord du Pérou, ce géoglyphe serpentiforme recouvert  de pierres s’étend sur des centaines de mètres. Secteur où s’entrecroisent plusieurs chemins-géoglyphes dont C2 qui se dirige vers la pyramide de Sechín Alto et C3 qui s’oriente vers le sommet du mont Mirador. Géoglyphe serpentiforme découvert à Cahuachi par José Pineda Quevedo Foyer circulaire enterré avec conduit de ventilation. Des voies rectilignes parfois larges de 40 mètres