.   Quetzalcoatl démasqué ! La célèbre déité mexicaine n’est pas inspirée d’un serpent mais d’une chenille « emplumée » hautement urticante Les Amérindiens d’autrefois et d’aujourd’hui sont de grands observateurs de la nature.  Le monde des insectes, en particulier, semble les avoir, de tout temps, particulièrement fascinés et inspirés. C’est ce qui ressort des récents travaux de Dimitri Karadimas, du Laboratoire d’anthropologie sociale. L’ethnologue avait, il y a peu, proposé dans nos colonnes (chapitre Chercheurs) que le « Décapitor », la divinité péruvienne aux dents de jaguar et oreilles bilobées qui figure, notamment, sur les panneaux mochicas de la Huaca de la Luna,  reprend sous forme anthropomorphe les traits marquants d’une guêpe parasitoïde dont la proie n’est autre que la tarentule. En dépit de sa petite taille (en comparaison de l’araignée), la guêpe parvient presque toujours à paralyser l’arachnide et à la livrer vivante à l’appétit vorace de ses larves. Voilà qui ne pouvait qu’attirer  l’attention des Amérindiens. Laissant un temps ses recherches sur l’iconographie amérindienne en Amérique du Sud, Dimitri Karadimas s’est intéressé à la plus connue des déités d’Amérique centrale : Quetzalcoatl, le « Serpent à plumes ». Tant dans l’iconographie de Teotihuacan que dans celle, plus tardive, des Aztèques. Dans le tome 100-1 du Journal de la Société des Américanistes (octobre 2014), l’ethnologue démontre que « La figure des serpents fantastiques dans l’univers représentationnel mésoaméricain doit être mise en parallèle avec la place occupée, dans ce même univers, par les lépidoptères et permettre ainsi de reconnaître que ces « serpents » sont une mise en image des parties que constituent des êtres réels, à savoir les formes larvaires des papillons ».  De fait, Dimitri Karadimas est parvenu à identifier « l’être réel » qui donnera naissance au Quetzalcoatl au Postclassique. Il s’agit de la chenille hautement urticante d’un papillon de nuit - Automeris Io -  qui, sous sa forme adulte, offre sur le plan des ocelles et des ailes un mimétisme construit sur l’image d’une face de hibou ou de jaguar. En commun avec l’image du serpent à plumes (voir la page 14 du Codex Borbonicus), sa chenille arbore une tête de couleur bleue turquoise et deux bandes de couleurs (rouge et jaune) le long du corps. Quant à la collerette que portent les têtes en pierre du Quetzalcoatl sur le temple du Serpent à Plumes à Teotihuacan, elles correspondraient, selon l’ethnologue, aux structures urticantes vertes – aux « plumes » - que porte la chenille sur le corps et, notamment, à l’arrière de sa tête. Pour tout savoir sur cette relecture analogique de l’hybridité et des êtres imaginaire en Mésoamérique préhispanique, reportez-vous au Journal de la Société des Américanistes, 2014, 100-1, pp 7-43. Voir aussi les publications de Dimitri Karadimas sur www.academia.edu/ 2014 La chenille Automeris io et la figuration du serpent à plumes page 14 du Codex Borbonicus. Extraits de : http://www.discoverlife.org/mp/20q?search=Automeris=io ; http://en.wikipedia.org/wiki/File:Hairy_caterpillar_%28Costa_Rica%29.jpg] Iconographie