Abécédaire illustré, interviewes des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions . se consumaient dans une activité stérile sans rien avancer. Ce fut en vain que, pour attirer des Allemands et d’autres étrangers, le gouvernement accorda la liberté de conscience, et renonça au droit d’aubaine. Une tentative faite auprès du grand maître de Malte pour qu’il favorisât la colonisation ne fut pas plus heureuse ; on refusa même à M. de Chanvalon d’y déporter les déserteurs qui avaient été condamnés aux galères par les conseils de guerre. Les préparatifs de départ avaient eu lieu avec tant de lenteur, que M. de Chanvalon, qui aurait dû quitter la France vers le 1er juillet avec les émigrants qu’il conduisait, ne put mettre à la voile que le 14 novembre. Le convoi qu’il dirigeait était composé de onze bâtiments qui portaient mille quatre cent vingt-neuf passagers, et tous les objets nécessaires à leur établissement. Ils avaient été précédés par cinq cent vingt-trois autres qui étaient partis soit avec M. de Préfontaine, soit quelque temps après lui. L’expédition arriva d’abord à Cayenne ; le gouverneur refusa à M. de Chavalon, non seulement toute espèce d’honneur, mais même tous les moyens de se rendre à Kourou, dont il lui peignit la position comme désastreuse. Ce fut alors que l’intendant donna pour la première, et peut-être la seule fois, une preuve d’énergie. Il laissa les émigrants à Cayenne, et s’embarqua dans une frêle chaloupe pour aller examiner par lui-même l’état des choses. M. de Préfontaine avait fait défricher sur les bords du Kourou un espace de quatre cents toises de long sur environ deux cents de profondeur ; on y avait élevé quatre rangées de carbets, espèce de maisons ou plutôt de cabanes à un seul étage, construites avec des troncs d’arbres fichés en terre et recouvertes de feuilles. Dix nouvelles rangées de carbets, un magasin un hôpital et une boulangerie y furent ajoutés par la suite. Outre les cinq cent trente-trois passagers dont nous avons parlé, trois cents autres venaient d’arriver à bord de la frégate La Fortune, qui les avait transportés directement au Kourou. L’intendant voyant que, par suite du manque d’embarcations, il faudrait au moins trois mois pour transporter au Kourou ceux des émigrants qui avaient débarqué à Cayenne, espérait que, pendant ce temps, ceux qui s’y trouvaient déjà pourraient compléter le nombre de carbets nécessaires aux nouveaux arrivants. Mais les premiers colons se refusèrent complètement à ce travail. Quoiqu’ils fussent hors d’état de faire la moindre avance, et n’eussent pas même pu payer leur passage, ils prétendaient que l’on devait leur fournir les moyens de s’enrichir immédiatement et sans travail. En arrivant à Cayenne, l’intendant, qui ne savait déjà que faire des colons qui s’y trouvaient, apprit qu’il allait arriver de France une nouvelle expédition. N’ayant pas le temps de faire de nouveaux défrichements, il imagina de les placer sur trois îlots qui se trouvent à l’embouchure du Kourou, et que l’on désignait sous le nom d’ilots du Diable, nom que, probablement pour ne pas les effrayer, il changea en celui d’îlots du Salut. La Frégate La Ferme y débarqua, le 19 mars 1764, quatre cent treize passagers qui y furent immédiatement établis ; Mais l’intendant fut saisi d’un juste effroi en apprenant de M. d’Amblimont, son commandant, que deux mille nouveaux émigrants allaient bientôt arriver de France. En effet, peu de jours après, un nouveau convoi en amena mille deux cent seize, pour lesquels il n’y avait rien de préparé, pas même des tentes, et qui avaient été tellement entassés dans les bâtiments de transport, que des maladies contagieuses s’étaient déjà déclarées parmi eux pendant la traversée. Les commandants, qui avaient hâte de partir pour soustraire leurs équipages à la contagion, insistèrent  pour débarquer leurs passagers. Il fallut donc entasser deux mille trois cents personnes sur des îlots qui étaient à peine convenables pour en recevoir quatre cents pendant quelques jours. Trois cent quarante-huit colons furent encore débarqués en avril par le Centaure, et neuf cent soixante en mai par d’autres bâtiments. A cette époque, la confusion devint telle au Kourou ; que l’on ignore le nombre de ceux qui y arrivèrent postérieurement. Mais, d’après ce que di M. de Chanvalon dans sa défense, il en arriva plus de trois mille dans le courant de l’année. La plupart étaient déjà malades en débarquant, et tous manquaient de vivres, d’outils et souvent même de vêtements. Ils mourraient par centaines, sans que personne s’inquiêtat de veiller à leur succession, ni même d’enregistrer leur décès. C’était à peine si l’on pouvait fournir aux survivants la quantité de vivres strictement nécessaires. Cependant, le croirait-on, ce fut le moment que choisit M. de Chanvalon pour donner des fêtes et construire un théâtre, au lieu de s’occuper à établir les émigrants les plus industrieux qui auraient cultivé des vivres, et contribué à faire subsister la colonie. Cette insouciance, pour ne rien dire de plus, ne tarda pas à exciter quelques émeutes, dont on profita pour exiler un certain nombre de mutins sur la rive droite du Kourou, qui était complètement déserte, et où ils devinrent promptement victimes de l’abandon et des intempéries du climat. C’étaient toujours autant de bouches de moins à nourrir, et l’intendant paraissait mettre autant d’empressement à se débarrasser des colons, que l’on en mettait à lui en envoyer. Il est juste cependant de dire que ces hommes étaient, pour la plupart, la lie de la société, et que leur esprit d’insubordination avait déjà éclaté avant même de quitter la France. Enfin, au mois de septembre, on rassembla les émigrants pour leur distribuer les concessions qui devaient leur être faites sur les deux rives du Kourou. C’était précisément l’époque de la saison des pluies, et leur découragement était déjà si grand, qu’il y en eut bien peu qui essayèrent de mettre en valeur les terrains qui leur avaient été assignés.  Ils ne cherchaient que des prétextes pour venir au camp, et y séjourner le plus longtemps possible ; et il fallut leur défendre de quitter leurs concessions. Il paraît cependant que quelques familles allemandes, qui avaient été envoyées par MM. d’Haugwitz et de Bessner, avaient commencé à prospérer. Le bruit de ce qui se passait au Kourou ne tarda pas à se répandre en France ; l’inimitié qui régnait, dès le commencement entre M. de Chanvalon et le gouverneur de Cayenne, avait excité ce dernier à représenter la conduite de l’intendant sous le jour le plus défavorable, dans les dépêches qu’il écrivait au ministre. Le chevalier Turgot, qui était toujours resté à Paris, reçut l’ordre péremptoire de se rendre sans délai dans son gouvernement. Déjà il s’était brouillé avec M. de Chanvalon avant le départ de celui-ci pour la Guyane, et son premier soin, en y arrivant, fut d’ordonner l’arrestation de l’intendant. Ce fut, du reste, le seul acte de son administration ; car il ne parut jamais au Kourou, et quitta Cayenne au bout de trois mois sans être sorti de cette ville, et s’en s’être occupé d’autre chose que de réunir tous les griefs qui s’élevaient contre l’intendant. Cependant, quels que fussent les torts de celui-ci, il ne pouvait y avoir rien de plus absurde que d’enlever à la colonie son chef sans aller aussitôt le remplacer ; c’était achever de la désorganise. Aussi, le chevalier de Balzac, qui y fut envoyé, en janvier 1765, pour faire le recensement de la population, n’y trouva-t-il plus que neuf cent dix-huit survivants : tout le reste avait succombé ; et cependant M. Malouet en fait monter le nombre à quatorze mille (aujourd’hui le nombre de 12 000 est plus souvent cité NDLR). C’était, du reste, dans les derniers temps que la mortalité avait été la plus grande. Après l’arrestation de l’intendant, les subordonnés effrayés se dispersèrent. Il n’y eut plus d’hôpital, plus de distributions de vivres ou de médicaments, et les colons furent entièrement livrés à eux-mêmes. Aussi, ceux qui avaient survécu avaient-ils pris le pays en horreur. Ils ne sollicitaient d’autre grâce que d’être ramenés en France, où ils firent de la Guyane un tableau si épouvantable, que personne n’osa élever la voix pour présenter de nouveaux plans de colonisation. Quelques émigrants, qui consentirent à rester à la Guyane, furent établis à Sinnamari ; et au bout de quelques mois, il ne resta plus de trace d’une tentative qui avait coûté la vie à quatorze mille Français, et 30 millions à l’État. » . Le père jésuite Jean de la Mousse arrive à Cayenne en 1684 comme missionnaire, quelques décennies après l’installation définitive des Français en Guyane. Pendant une dizaine d’années, il parcourt les villages sur la côte pour entreprendre l’évangélisation  des « Sauvages », dont il apprend la langue. Chargé de la conversion des esclaves africains de l’île de Cayenne, il est le témoin de la naissance d’une colonie qui prend forme sous ses yeux. Les Indiens de Sinnaramy Journal du père Jean de la Mousse en Guyane (1684 - 1691) Introductions, éditions et notes de Gérard Collomb Editions Chandeigne http://www.youtube.com/watch?v=sDo38jpQ0eo L’union européenne présente Guyane, terre d’avenir La Guyane aujourd’hui...