Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions .  1763 : ainsi naît l’enfer en Guyane Mal préparé, l’envoi de 12 000 colons volontaires vire au cauchemar et entache - pour longtemps - l’image du territoire Extrait de “ Notice historique de la Guyane française” * «  Nous arrivons maintenant à la tentative la plus importante qui ait jamais été faite pour mettre en valeur la Guyane, tentative qui n’a eu malheureusement d’autre résultat que de discréditer complètement ce pays. Le précis historique sur cette expédition, publié récemment par le ministère de la marine, et dont nous allons donner l’analyse, prouvera, nous l’espérons, même aux gens les plus prévenus, que les fautes incroyables qui furent commises à cette occasion furent la seule cause des désastres qui la terminèrent, et qu’il serait d’une grande injustice d’en tirer un argument contre la possibilité de coloniser la Guyane. Le désir de remplacer le Canada qui venait d’être cédé à l’Angleterre, et d’établir sur le continent de l’Amérique une population blanche assez nombreuse pour venir en aide à celle des Antilles – dans le cas où elle serait attaquée – furent les véritables motifs qui engagèrent, en 1763, le gouvernement français à entreprendre de coloniser la Guyane sur une grande échelle. Il repoussa même systématiquement toute vue de commerce et d’économie. Établir à la Guyane une population nombreuse qui se suffirait à elle-même, et qui subsisterait sur les produits du sol, voilà quel était son seul but. Cela n’était pas le moyen d’y attirer des capitaux, ni même des hommes industrieux ; mais cependant ce but aurait pu être rempli, si l’on y était pris d’une manière plus sensée. Le commerce, appelé à proposer des plans, ne prit pas les choses sous le même point de vue, et tous ceux qu’il indiquait tendaient au contraire à augmenter la production de denrées coloniales, en introduisant le plus tôt possible un grand nombre d’esclaves noirs. Le sieur Nau, de la Rochelle, qui présenta le premier un mémoire sur ce sujet, fit observer avec assez de raison qu’il n’était pas possible de supposer que des gens aisés consentissent à s’expatrier pour aller, sous un climat brûlant, cultiver la terre de leurs mains, et qu’on ne formerait qu’une colonie de gens sans aveu et sans ressources dont on ne pouvait rien attendre de bon. Il proposa donc d’y introduire, aux frais du gouvernement, dix mille noirs, dont les colons lui rembourseraient successivement le prix dans l’espace de sept ans. Les mémoires qui furent adressés par la colonie contenaient à peu près les mêmes demandes, et furent fortement appuyés par M d’Orvillers, fils du gouverneur de ce nom, qu’un sejour de quarante-sept années à la Guyane avait mis à même de bien apprécier cette colonie. On peut donc regarder cette opinion comme l’expression de celle qui régnait généralement à cette époque, où l’on croyait que le travail des noirs était le seul profitable, et même le seul possible sous cette latitude ; cette opinion, du reste, était nouvelle, car nous avons vu que la Guyane avait été, à l’origine, colonisée exclusivement par les blancs. Il serait facile de démontrer qu’il en avait été de même de presque toutes les colonies des Antilles, où des engagés blancs, connus sous le nom de trente-six mois, et que l’on traitait cependant avec aussi peu de ménagements que des esclaves, avaient fait les premiers défrichements. La baron de Bessner fut le seul qui présenta un plan d’un autre genre, qui n’est pas sans quelques points de ressemblance avec celui que Locke avait proposé cinquante années auparavant pour la Caroline. Mais il ne fut point adopté, et ne pouvait point l’être. Le système féodal très rigoureux qu’il voulait introduire en Amérique n’aurait eu d’autre résultat que de remplacer l’esclavage des nègres par celui des blancs. La seule partie du plan de M. d’Orvillers qui fut adoptée, fut le choix des bords de la rivière de Kourou pour l’établissement de la nouvelle colonie. Il avait présenté « que la rivière de Kourou n’était barrée par aucun saut ou cascade, et avait un cours navigable, par barque ou pirogue, d’environ quanrante-cinq lieues, et que les terrains des deux rives y étaient très bons, et propres à établir de belles et nombreuses sucreries ». Nous avons déjà vu plus haut que c’était l’emplacement que les jésuites avaient choisi pour y établir leur première mission. La direction de la nouvelle colonie fut confiée au chevalier Turgot, qui avait su capter la bienveillance du duc de Choiseul, alors ministre de la marine et des colonies, tant en flattant ses vues politiques qu’en lui faisant entrevoir la perspective d’une immense fortune pour sa famille. Le ministre se fit, en effet, concéder en commun avec le duc de Praslin le vaste territoire qui s’étend entre Kourou et le Maroni, c’est-à-dire presque toute la partie de la Guyane qui sépare Cayenne des établissements hollandais. Ces terres lui furent accordées en toute propriété, seigneurie et justice, tant pour eux que pour leurs descendants, avec l’autorisation de nommer les commandants, les officiers municipaux et de justice. On leur accorda également la permission de donner leurs noms et ceux de leur famille aux lieux principaux, ce qui constituait en leur faveur une espèce de vice-royauté héréditaire. Comme on le conçoit facilement, les principaux fonctionnaires s’empressèrent d’imiter l’exemple de leur chef, et de s’assurer, n’importe comment les moyens de faire une fortune rapide sans quitter la France, s’il était possible. D’ailleurs, lors même que le chevalier Turgot aurait eu l’intention sincère de remplir son devoir, il était complètement impropre aux fonctions qu’on lui avait confiées. Il était tout à fait dépourvu d’esprit de suite et de connaissances administratives, se perdant sans cesse dans des détails oiseux, et incapable d’embrasser dans son ensemble un plan un peu compliqué. M. de Chanvalon, nommé intendant général de la colonie, eût été peut-être plus propre à la faire réussir ; mais on l’accusa d’avoir montré moins de probité que d’activité et de jugement. Comme il connaissait l’Amérique, il comprit qu’il importait avant tout de préparer des abris et des moyens de subsistance, et résolut d’envoyer à cet effet, à Cayenne M. de Préfontaine. Il avait combiné le départ de cet officier de manière à ce qu’il arrivât à la Guyane à la fin de la saison des pluies ; mais celui-ci trouva tant de négligence dans les employés du ministère de la marine, et tant de mauvaise volonté dans ceux de Rochefort, qu’il ne put arriver que le 14 juillet à Cayenne, où le gouverneur, M. de Behague, et les anciens colons qui ne voyaient qu’avec jalousie le projet de la métropole, lui suscitèrent de nouvelles difficultés, et refusèrent de l’aider dans ses préparatifs. Les jésuites de la mission de Kourou, dont la société venait d’être abolie, et qui espéraient par là se ménager un appui, consentirent d’abord à lui fournir des noirs pour la construction du camp ; mais ils les rappelèrent avant que les travaux ne fussent terminés, et les habitants auxquels il s’adressa pour en avoir d’autres les lui refusèrent, sous prétexte que son autorité n’avait pas été reconnue par le gouverneur. De sorte que, quand M.de Chanvalon arriva avec les premiers colons l’établissement était à peine ébauché. Les choses n’allaient pas beaucoup mieux en France, où MM. Turgot et de Chanvalon               Affaire de Kourou :    la réhabilitation de Chanvalon La tentative de peuplement de la région de Kourou (1763–1765) sous l’administration de Turgot, gouverneur, et Chanvalon, intendant, se solde par un désastre. Sur les 12000 personnes qui y participent. 9000 décédent. Il s’en suit un long procès qui aboutit dans un premier temps à de lourdes condamnations, notamment de Chanvalon, avant que les condamnés ne soient réhabilités en 1781   Christophe Colomb en avait vu les côtes, mais la découverte des Guyanes revient à Vincent Pinçon qui atteint l’Orénoque en 1500. Il faut attendre 1626 pour voir s’y installer les premiers colons. Ils sont envoyés par des marchands de Rouen. Au nombre de vingt six, ils s’établissent comme agriculteurs sur les bords du Sinnamary. Une centaine de nouveaux colons les rejoignent en 1630 et 1633. L’île de Cayenne est investie un an plus tard. La côte de Rémire est défrichée et mise en culture. Les négociants de Rouen forment une compagnie et obtiennent la concession de tout le pays compris entre l’Océan, l’Orénoque et l’Amazone, mais l’échec est flagrant. Les Hollandais, établis à Surinam, envoient des colons pour occuper le territoire. Ils créent des sucreries et développent le commerce. Ils sont chassés par les Français, en 1663, qui reviennent fonder une nouvelle compagnie : la France Equinoxiale. Un an plus tard, cette dernière passe entre les mains de la grande compagnie des Indes Occidentales formée par Colbert. La Guyane Française est née. En 1667, les Anglais dévastent Cayenne. En 1672, c’est au tour des Hollandais. La France Equinoxiale perd son privilège deux ans plus tard. Comme toutes les possessions lointaines de la France, la Guyane est désormais sous la domination du roi de France. Vers 1716, des graines de café, dérobées aux Hollandais, sont plantées et leur culture connaît une extension rapide. Au caféier s’ajoute le cacaoyer. La Guyane fait naître de grandes espérances. C’est dans ce contexte que des milliers de volontaires sont incités à coloniser le pays et que la plupart vont rapidement mourir, comme l’explique cet extrait de “Notice historique de la Guyane française”.  A lire sur : http://books.google.fr/advanced_book_search * Chapitre VIII. Expédition du Kourou – Fautes et négligences de ceux qui la dirigèrent. – Désastres qui en furent la suite.  Notice historique de la Guyane française. Par H Ternaux-Compans. Paris Chez Firmint Didot Frères, librairies. Rue Jacob, n°56, et chez les marchands de nouveautés 1843 (Référence ci-dessous) http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ir?c=FRANOM_00017,1.2.03 CLIQUEZ ICI