Mystique, Christophe Colomb l'était certainement. Mais c'est en brillant cartographe et en marin expérimenté qu'il échafaude son projet de rejoindre les Indes par l'Ouest. Pour lui, c'est à l'évidence le plus court chemin. La seule façon d'en apporter la preuve est de lancer une expédition, avec l'aval des souverains de l'époque et le soutien de riches armateurs. Christophe Colomb entame ses démarches en 1484. Elles n'aboutiront que sept ans plus tard, après bien des humiliations. Les rois du Portugal, d'Angleterre et de France refusent toute participation. En Espagne, une commission constituée de savants rejette le projet. Il est alors proposé, une première fois, à la chancellerie de la reine Isabelle d'Espagne. Sans succès. Christophe Colomb ne désarme pas. Par l'entremise d'un père franciscain, il est une seconde fois reçu en audience par le roi Ferdinand et la reine Isabelle d'Espagne. Celle-ci entrevoit les avantages d'un tel voyage pour la propagation de la foi catholique. Christophe Colomb est nommé « amiral de la mer océane, vice-roi des îles et des terres fermes découvertes ou à découvrir ». Nus et tatoués Il embarque le 3 août 1492, dans le port andalou de Palos, à bord de la Santa Maria, accompagné de deux autres caravelles, la Niña et la Pinta. Avec lui, quatre-vingt-sept hommes quittent l'Espagne, cap à l'Ouest… La route est longue. Après une escale aux Canaries et des vents favorables, c'est seulement le 7 octobre et après avoir croisé nombre d'oiseaux et « d'herbes », que la caravelle Niña hisse un pavillon à la pointe de son grand mât et tire un coup de bombarde en signe de  « terre vue » !     Le 11 octobre, apparaissent « des gens nus ». Le 12, Christophe Colomb et ses hommes accostent une île des  Bahamas,  aussitôt  baptisée  San  Salvador  (Guanahani).   La  rencontre avec les Taïnos* a lieu quelques heures plus tard : “ils étaient tous très bien faits, très beaux de corps et très avenants de visage, avec des cheveux quasi aussi gros que de la soie de la queue de chevaux, courts, qu’ils portaient tombant sur les sourcils”. L’accueil est amical. Les marins remettent à ces hommes nus et tatoués, quelques bonnets rouges, des perles de verre et nombre de cadeaux sans valeur. Ils reçoivent en échange des perroquets, des pelotes de coton, des sagaies...  Dans l’impossibilté de communiquer autrement que par signes, quelques Indiens montés à bord des embarcations sont retenus pour être montrés à la cour d’Espagne. Il s’agit tout autant de les christianiser que de les transformer en interprètes pour une prochaine expédition...                                             L'Empire du Grand Khan Avant de regagner l'Espagne, Christophe Colomb part explorer les terres de Juana (Cuba) et d' Hispanolia , île où il va créer plus tard la première ville du Nouveau Monde. Pour l’heure, il croit voir les côtes du Japon, avant de se persuader qu'il longe les côtes de l'empire du Grand Khan. Il s'intéresse à l'or que portent sous le nez beaucoup d'indigènes et à leurs plaies. Il comprend que des hommes viennent des îles voisines pour s'emparer d'eux. Colomb, semble-t-il, imagine déjà capturer ces Indiens, les Caribes, des anthropophages qui pourchassent les Taïnos et qui feraient, transformés en esclaves, une belle source de revenus ! Le 24 décembre 1492, la Santa Maria s'échoue. Il est décidé de récupérer le bois et les canons du navire pour bâtir un fort. Une quarantaine d'hommes se portent volontaires pour l'habiter, tandis que Christophe Colomb et le reste de l'équipage retournent en Europe avec La Pinta et la Niña. L'Amiral est reçu à la cour d'Espagne en avril 1493. Pour les Rois Catholiques, il importe que le Pape reconnaisse ces nouvelles terres et leurs nouveaux sujets qui restent à convertir. Le traité de Tordesillas Dans les semaines qui suivent, Alexandre VI Borgia effectue le partage entre les couronnes d'Espagne et du Portugal. Reviennent à la Castille les terres situées 100 lieues à l'ouest de la ligne méridienne qui passe par les Açores et les îles du Cap vert. Défavorisés, les Portugais réclament une plus juste répartition. Le traité de Tordesillas, signé le 7 juin 1494, définit la nouvelle ligne de partage. Celle-ci est repoussée à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap Vert. Qui pourrait penser, à ce moment, que l'explorateur Pedro Alvarez Cabral va, en 1500, découvrir le Brésil qui, ainsi, devriendra portugais ? Christophe Colomb retournera trois fois en Amérique. Le deuxième voyage (1493 - 1496) est marqué par la découverte du massacre des hommes de la Santa Maria restés au fort et des représailles disproportionnées qui finiront par déconsidérer l’Amiral. Ce deuxième voyage fait découvrir les côtes sud de Cuba et d'Haïti, ainsi que les îles de Santiago (Jamaïque), San Juan Baptista (Porto Rico) et de la Guadeloupe. Lors du troisième voyage (1498 - 1500) l’eau douce recueillie loin en mer intrigue au plus fort Christophe Colomb et lui fait soupçonner l’existence - enfin ! - non plus d’îles mais de la terre ferme (qu’il désigne comme étant le lieu du paradis terrestre). Il s’agit, en réalité, de l’Amérique du Sud**. Le quatrième et dernier voyage (1502 -1504) s'avère désastreux en raison des tempêtes, mais il lui fait longer les côtes de l'Honduras, du Nicaragua, du Costa Rica et de Panama. C'est toujours dans l'attente des « privilèges » promis par le roi Ferdinand que Christophe Colomb meurt le 20 mai 1506, âgé de 55 ans, à Vallodolid. * “ Colomb s’attendant à trouver les rivages de la Chine (Cathay) ou du Japon (Cipango) fut extrêmement déçu par la modestie de la civilisation taïno qui désagrégeait ses fantasmes. Au lieu des brocarts, des pagnes de coton ; au lieu des palais couverts de tuiles d’or, des cases à toit de palmes. Le regard du Découvreur ne se posa jamais sur les indigènes, sauf pour juger qu’ils feraient de bons esclaves. Obsédé par l’au-delà des Iles, c’est-à-dire par la route des Indes, Colomb ne s’intéressa jamais à la réalité insulaire, dès le début chosifiée et tenue pour quantité négligeable. L’absence d’épices, en tout cas de celles qui étaient prisées dans l’Ancien Monde, ajoutée à l’interdiction dès 1496 du trafic d’esclaves vers l’Espagne concentra tous les objectifs d’exploitation de l’île (ndlr : Haïti) sur une seule et même marchandise : l’or ”. Christian Duverger. Cortés. Fayard. Pages 75/76 ** Christophe Colomb est alors au large de l’embouchure de l’Orénoque (Venezuela). Pour en savoir plus  LEQUENNE Michel. Christophe Colomb. Le livre des prophéties. Edition Jérôme Million. 1992. LEQUENNE Michel. Christophe Colomb contre ses mythes. Edition Jérôme Millon. 2002 LEQUENNE Michel. Christophe Colomb. Amiral de la mer Océane - Découvertes Gallimard. 2005. COLOMB Christophe. La découverte de l'Amérique. I. Le Journal de Bord et autres écrits 1492 1493. II Relations de voyages et autres écrits. 1494 1505. introduction de Michel Lequenne. La Découverte/Poche. 2006 . 12 octobre 1492 : Christophe Colomb découvre  ...les Taïnos À propos des premières rencontres avec les Indiens À part Venise, la capitale des Aztèques n'avait pas d'autre équivalent dans le monde Une certaine vision de la découverte de l’Amérique par les artistes du passé. Ci-dessus : gravure et chromolithographies du XIXe siècle Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions... Le monde selon Christophe Colomb http://www.youtube.com/watch?v=yckwur0OFos    CLIQUEZ ICI