Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions . « Je descendis sur le rivage avec beaucoup de mes gens et un étendard royal. A l’endroit le plus approprié, je pris possession, étendard déployé et à haute voix, devant huissiers et témoins, de ladite île et de toutes les autres ainsi que la Terre Ferme au nom de vos Altesses ». Ainsi s’exprime Christophe Colomb à propos de la découverte de l’île de Marie-Galante et des nouveaux territoires qu’il a découvert. Outre l’étendard – et l’élévation d’une croix « très haute et très belle à voir » – le rite d’appropriation des Espagnols est bien rodé. Le chef d’expédition lit une « sommation » aux indigènes. En  deux mots, il  leur est déclaré appartenir désormais à  « l’Eglise, reine et souveraine du monde entier, et en son nom au souverain pontife, nommé pape, représenté par le Reine et le Roi d’Espagne »*. Le discours, traduit par l’intermédiaire de « truchements » - d’anciens captifs plus ou moins connaisseurs de la langue -  ménage chaud et froid : « On ne vous forcera pas à embrasser le christianisme, mais lorsque vous serez bien instruits de la vérité et que vous désirerez être converti à notre sainte foi catholique (…) Sa Majesté vous accordera de nombreux privilèges, beaucoup de faveurs, et vous fera instruire ».  Avant d’ajouter : « Si vous ne le faites pas et par malice vous tardez à consentir à ce que je vous propose je vous certifie qu’avec l’aide de Dieu je marcherai contre vous les armes à la main.  Je vous réduirai en esclavage, je vous vendrai et disposerai de vous suivant les ordres de sa Majesté : je prendrai vos biens, je les ravagerai et je vous ferai tout le mal possible comme à des sujets désobéissants ». Cette mainmise espagnole n’était pas du goût du roi du Portugal. Après maintes négociations, une première bulle papale attribue aux Portugais les terres situées au sud des îles Canaries. Une seconde, celles à l’est du Cap Vert. In fine, en 1494, par le Traité de Tordesillas, la ligne de partage est encore déplacée vers l’ouest, si bien que le Brésil entre dans le giron portugais lors de sa découverte par Pedro Alavares Cabral en 1500. Les richesses du Nouveau Monde (à commencer par les mines d’or et d’argent, la canne à sucre, le tabac…)  ne laissent pas indifférents les autres grands pays de l’époque : la France, l’Angleterre, la Hollande. Diverses expéditions sont menées pour occuper les territoires laissés vierges par les colons espagnols et portugais. La Floride, pour ne citer qu’elle, fait ainsi l’objet de quatre expéditions successives de la part des Français. La troisième - sévèrement réprimée par les Espagnols -, sera vengée par la quatrième. A l’assassinat de ses compatriotes, en 1567, le capitaine de Gourges, gentilhomme bordelais, réplique par la pendaison des Espagnols « aux branches des mêmes arbres qui avaient servi au supplice des Français ». A l’écriteau que don Pedro Melandes avait placé sur les victimes françaises : « Je ne fais ceci comme à François, mais comme à Luthériens », de Gourges fait écrire sur une table de sapin avec un fer chaud : « Je ne fais ceci comme à Espagnols, mais comme à traîtres, voleurs et meurtriers ». C’est dans son contexte qu’il faut situer la colonisation des Antilles.  Comme l’écrit Auguste Latour dans « Histoire de la Guadeloupe » en 1855 : « les Espagnols traitant en forbans les sujets des autres nations trouvés près du continent Américain, les sujets des autres nations se firent forbans. Etablis en corsaires sur les petites îles, ils pillaient au passage les galions d’Espagne qui revenaient chargés d’or du Mexique et du Pérou. Telle fut l’origine des flibustiers, de ces hommes que l’on croirait appartenir à des temps homériques ». A l’image de Pierre Belain d’Esnambouc dont le brigantin, parti de Dieppe, est intercepté dans la mer des Antilles en 1625 par un galion espagnol. Le Français et ses hommes résistent trois heures durant aux attaques ennemies. Quand l’Espagnol abandonne enfin, le navire est mal en point et l’équipage réduit d’un tiers. Une terre, heureusement, se dessine à l’horizon : c’est Saint-Christophe. Une île située au nord-ouest de la Guadeloupe. Quelques Français y sont déjà établis qui vivent de la chasse aux bœufs sauvages. Des Anglais, commandés par Sir Warner, occupent également l’île. Dans son « Histoire de la Guadeloupe », Auguste Latour détaille les dessous de cette “entente cordiale“ avant l’heure : « Sans un trop grand luxe de notes diplomatiques les deux chefs partagèrent l’île, fixèrent des limites. Ils convinrent, en outre, de se porter mutuellement secours, dans le cas où l’établissement de l’un ou de l’autre serait attaqué par l’ennemi commun, les Espagnols. Dans leur traité avait été insérée une clause qui méritait de devenir le droit des gens aux colonies. Elle portait que dans l’hypothèse d’une guerre en Europe entre les Anglais et les Français, Sir Warner et d’Esnambouc n’entreraient en hostilité que s’ils recevaient l’ordre de leurs gouvernements, et encore après un avertissement préalable ». L’Eglise sait désormais à quoi s’en tenir. Espagnols et Portugais tirent de leurs privilèges religieux de trop grands avantages politiques et commerciaux. «  Quand, dans les eaux naguères sillonnées en maîtres par les vaisseaux espagnols et portugais, l’on vit apparaître les pavillons victorieux de l’Angleterre et de la Hollande, l’apostolat catholique et les anciens privilèges se trouvèrent en conflit. Les missionnaires portugais ou espagnols ne pouvaient demeurer dans des pays ou les nouveaux conquérants les tenaient pour ennemis ; et il n’y avait rien à espérer, pour l’expansion de l’Eglise romaine, de l’Angleterre ni de la Hollande, acquises à la Réforme. D’accord avec le Saint-Siège, des prêtres français tentèrent d’aller au secours des néophytes abandonnés, et de continuer (…)  la besogne d’évangélisation (…) forts de leurs bulles, les inquisiteurs portugais excommunièrent les envoyés du Pape ; quelques-uns de ceux-ci, appréhendés quand ils passaient sur territoire portugais se virent emprisonnés ou expulsés. Aussi, après de nombreuses tentatives infructueuses, où les menaces alternèrent avec les offres d’entente, le Saint-Siège décida-t-il de rompre avec le passé et de ne plus tenir compte des privilèges que des circonstances nouvelles rendaient manifestement caducs » (Abbé Albert Pasteau, page 31**). La suite ne manque pas de rebondissements. Les Espagnols chassent  les Français de Saint-Christophe. Certains reviendront, d’autres iront s’établir sur l’île de la Tortue, au nord-ouest de Saint-Domingue. En 1635, Saint-Christophe est mise en valeur par une Compagnie dont Richelieu est actionnaire. D’estambouc s’établit à la Martinique et fait nommer gouverneur  son neveu, un certain du Parquet. Sous l’appellation « Compagnie des Iles d’Amérique », les Français vont occuper la Guadeloupe, la Dominique, Sainte Lucie, les Saintes, la Désirade, Saint-Barthélémy, Sainte-Croix et Saint-Marin. S’y ajoutent, en 1642, la Grenade et Marie-Galante. Dix ans plus tard, la faillite obligera la Compagnie à mettre en vente toutes les îles ! Quant aux Indiens qui occupent aussi bien les grandes Antilles que les petites (à savoir les Ciboneys*, Taïnos, Callinagos),  tous ou presque vont disparaître.  « cette  période de contact a été très brèves aux Grandes Antilles, dans le nord des Petites Antilles et aux Bahamas : entre  1492 et 1550, les populations amérindiennes y ont été totalement anéanties. En Guadeloupe et dans les petites Antilles du sud, les Callinagos ont résisté un peu plus longtemps et un petit groupe est même parvenu à se maintenir à la Dominique ». Pour plus de détails sur toutes les étapes qui précèdent et suivent ces événements, lire l’ouvrage de Philippe Bonnichon  : « Des cannibales aux castors. Les découvertes françaises de l’Amérique (1503 – 1788) aux éditions France Empire. 1994.             1625 : “Entente cordiale” aux Antilles Pourquoi Anglais et Français s’entendent pour annexer l’île de Saint-Christophe *LATOUR Auguste (1805 – 1869). Conseiller à la cour impériale.  Histoire de la Guadeloupe : 1685 à 1789. Tome premier 1635 à 1789. A lire en ligne sur Google Books *Extrait du Livre des copies des provinces de la Floride, Séville, chambre de commerce. 1527. Cité par Luiz Mizon dans « L’indien. Témoignage d’une fascination. La Voix du Sud Anthologie. Collection La Différence. 1992. **Année missionnaire 1931 Edition publiée sous la direction de Paul Lesourd. Desclée de Brouwer et Cie Editeurs L’île de Saint-Christophe et Niévès. Capitale actuelle : Basseterre L’île est partagée en trois. Les Français, au nord et au sud, les Anglais au centre   Google Earth Photo CLIQUEZ ICI