CHASSE AUX CERF Nous n’avons jamais vu pratiquer nulle part la chasse au cerf comme chez les Indiens. Ils s’introduisent dans la peau des cerfs les plus grands qu’ils ont pu tuer, de manière à ce que leur tête soit logée dans celle de l’animal. Les trous des yeux leurs permettent de regarder comme à travers un masque. Ainsi affublés, ils s’approchent le plus possible des cerfs sans crainte. Auparavant ils avaient observé le moment où les animaux viennent s’abreuver dans la rivière. L’arc et les flèches à la main, il leur est facile de viser les cerfs, très nombreux en ce pays. Néanmoins, ils se garnissent le bras gauche d’écorce d’arbre pour éviter d’être blessé par la corde de l’arc, instruits qu’ils sont par l’expérience. Ils ont appris à apprêter d’une manière merveilleuse les peaux de cerfs, qu’ils dépouillent à l’aide d’un coquillage. A mon avis, personne en Europe ne pourrait rivaliser avec eux sous ce rapport. CHASSE AU CROCODILE Voici  comment les Indiens font la chasse au crocodile : sur le bord du fleuve, ils élèvent une petite cabane, percée de trous et de fentes, où se tient une sentinelle capable de voir et d’entendre de loin les crocodiles. Ceux-ci pressés par la faim, rampent hors des fleuves et des îles à la recherche d’une proie. Quand ils n’en trouvent pas, ils poussent des cris si effroyables qu’on les entend à un demi-mille de distance. A ce moment, la sentinelle appelle les chasseurs qui se tiennent tout prêts. Empoignant un arbre long de dix ou douze pieds, ils s’avancent vers l’animal au moment où il ouvre la gueule et y enfoncent vivement la partie la plus mince de l’arbre, de manière à ce qu’il ne puisse plus s’en débarrasser à cause des aspérités et des rugueurs  de l’écorce. Renversant ensuite le crocodile sur le ventre, qui est la partie la plus molle de son corps, ils l’assomment à coups de massue. Le dos de l’animal est impénétrable à cause des dures écailles dont il est couvert, surtout lorsqu’il est vieux. Telle est la façon dont les Indiens pratiquent la chasse aux crocodiles, animaux qui les importunent à un tel point qu’ils sont obligés de monter la garde de nuit et même parfois de jour, comme contre leurs ennemis les plus redoutables. APPRÊTS DES FESTINS Pour les festins qu’ils ont l’habitude de célébrer entre eux à une certaine époque de l’année, les Indiens ont des cuisiniers spécialement choisis à cet effet. Ils commencent par placer un grand vase d’argile, de forme ronde (si bien conditionné que l’eau y bout aussi bien que dans nos bassins), sur des bûches de bois et y mettent le feu, l’un d’eux tenant à la main un petit éventail pour activer la flamme. Le chef des cuisiniers jette dans la marmite ce qui doit être cuit, d’autres versent de l’eau dans un trou pour le nettoyage, celui-ci apporte de l’eau dans un vase en forme de seau, celui-là écrase sur une pierre plate les aromates dont on arrosera les aliments. Les femmes sont occupées à trier ce qu’il faut pour la cuisine. Malgré ces grands festins, les Indiens n’en sont pas moins sobres dans leur alimentation, grâce à quoi ils vivent longtemps. Un de leurs roitelets m’a en effet affirmé qu’il était âgé de trois cents ans et que son père, qu’il me désignait de la main, avait encore cinquante ans de plus que lui. A vrai dire, à le voir, il me semblait n’avoir que les os sur la peau. Ces Indiens font certainement honte aux Chrétiens qui par leurs beuveries et leurs repas immodérés s’abrègent la vie. Ils devraient venir à l’école de ces hommes barbares pour y apprendre la sobriété. Abécédaire illustré, interviewes des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions Les Floridiens et la guerre* Les hommes sont de couleur olivâtre, de forte corpulence, beaux, sans aucune difformité et bien proportionnés. Ils se couvrent d’une peau de cerf bien tannée. La plupart son peints sur le corps, sur les bras, sur les cuisses de fort beaux compartiments dont la peinture ne peut jamais s’enlever parce qu’ils se sont faits des piqûres dans la chair. Ils portent les cheveux fort noirs et longs jusque sur la hanche ; toutefois ils les troussent d’une façon qui leur est bien séante. Ils sont grands dissimulateurs et traîtres, vaillants de leurs personnes et combattent fort bien ; ils n’ont d’autres armes que l’arc et la flèche. Ils font la corde de leurs avec un boyau de cerf ou avec du cuir de cerf, qu’ils savant aussi bien accoutrer qu’on aurait fait en France, et aussi de différentes couleurs.  Ils ferrent leurs flèches avec des dents de poissons et des pierres qu’ils accoutrent fort proprement. Ils font exercer les jeunes gens à bien courir et établissent entre eux un certain prix gagné par celui qui a la plus longue haleine. Ils s’exercent aussi beaucoup à tirer à l’arc. Ils jouent à la pelote de la façon suivante : ils ont un arbre planté au milieu d’une place et qui a huit ou neuf brassées de hauteur ; au sommet de cet arbre il y a un carré fait d’éclisses ; celui qui en jouant l’a atteint remporte le prix. Ils prennent grand plaisir à la chasse et à la pêche. Les rois du pays se font la guerre les uns aux autres, guerre qui ne se pratique que par surprise, et tuent tous les hommes qu’ils peuvent prendre, puis leur enlèvent la tête pour avoir leur chevelure qu’ils emportent chez eux comme trophée. Ils laissent la vie sauve aux femmes et aux enfants, les nourrissent et les gardent toujours avec eux. De retour à la guerre, ils font rassembler tous leurs sujets, et d’allégresse ils sont trois jours et trois nuits à faire bonne chère, danser et chanter. Ils font même danser les plus anciennes femmes du pays, tenant les chevelures de leurs ennemis en la main, et en dansant chantent les louanges du soleil, lui attribuant l’honneur de la victoire. Ils n’ont pas connaissance de Dieu ni d’aucune religion, sinon ce qui leur apparaît, comme le soleil et la lune. Ils ont leurs prêtres auxquels ils croient fort, pour autant qu’ils sont grands magiciens, grands devins et invocateurs de diables. Ces prêtres leurs servent de médecin et de chirurgiens ; ils portent toujours avec eux un plein sac d’herbes et drogues pour soigner les malades qui ont la plupart la vérole. Car ils aiment fort les femmes et les filles, qu’ils appellent filles du soleil (…). Quant ils partent en guerre, leur roi marche le premier, un bâton dans une main, son arc dans l’autre, avec un carquois garni de flèches. Tous les hommes le suivent, également porteurs d’arcs et de flèches. En combattant ils poussent de grands cris et exclamations. Ils n’entreprennent rien sans avoir plusieurs fois rassemblé leur conseil et ils délibèrent fort bien sur une affaire avant de la décider.”  * Extrait de « Brève narration de ce qui arriva aux Français en Floride, Province de l’Amérique au cours du second voyage entrepris sous la conduite de René de Laudonnière, commandant de la flotte en l’année MDLXIIII ». Dessins dus à Jacob le Moyne, surnommé de Morgues, compagnon de Laudonnière dans cette expédition. Publié pour la première fois, d’après la version française, par Théodore de Bry, de Liège. http://www.archive.org/stream/histoiredelaflo01fourgoog#page/n6/mode/2up 1584 : les Anglais au contact des Virginiens