De 1562 à 1567, les Français vont, par quatre fois, tenter d’établir leur domination en Floride où ils seront impitoyablement repoussés par les Espagnols. Il reste de ces expéditions les dessins de Jacob le Moyne. Surnommé de Morgues, ce dernier a fait partie de la seconde expédition, sous les ordres du capitaine Laudonnière, en 1564. Les illustrations en taille douce de Théodore de Bry, de Liège, dont quelques-unes sont reproduites ci-après, ont été publiées avant 1635 à partir des dessins et commentaires de Jacob le Moyne. Ils nous permettent d’entrevoir cette tranche d’histoire et la vie des Floridiens… LE PROMONTOIRE DE LA FLORIDE Lors de leur première navigation* en Floride, les Français abordèrent près d’un promontoire très peu élevé (le rivage étant plat), mais entouré de forêts d’arbres très hauts. En honneur de la France, le commandant de la flotte** l’appela le promontoire français. Ce promontoire est à environ 30 degrés de l’Equateur. Suivant le rivage vers le Nord, les Français trouvèrent un fleuve profond et agréable. Ils jetèrent l’ancre à son embouchure pour faire des observations plus entendues le surlendemain. Au cours de sa seconde exploration, Laudonnière appela ce fleuve le fleuve des Dauphins parce qu’en abordant en ces lieux il y avait vu nager de nombreux dauphins. En accostant, ils aperçurent un grand nombre d’Indiens qui étaient venus pour leur faire un accueil très humain et amical. Ayant reçu des cadeaux du chef de l’expédition, ils promirent d’amener leur roi, qui ne s’était pas levé en même temps qu’eux, mais dormait encore sur des branches de lauriers et de palmiers. Ce roi fit présent au chef de l’expédition d’une peau ornée de dessins d’animaux des forêts, rendus d’une façon très vivante. *En 1562. ** Il s’agit du capitaine Jean Ribaut qui participa également à la troisième expédition en l’an 1565. NAVIGATION DES FRANÇAIS SUR LE FLEUVE MAI Ayant remis leurs embarcations à l’eau, ils naviguèrent plus loin. Avant d’aborder ils furent salués par une autre tribu d’Indiens. Entrés dans l’eau jusqu’aux épaules, ces indigènes leur offrirent de petits paniers de mais, pleins de baies blanches et rouges. D’autres s’offrirent à les aider à débarquer. Cela fait, les Français aperçurent le roi des Indiens, accompagné de ses deux fils et d’une troupe armée d’arcs, de carquois et de flèches. Après des saluts réciproques, les explorateurs partirent pour la forêt, espérant y découvrir beaucoup de curiosités. Mais ils n’observèrent rien d’autre que des arbres rouges portant des baies rouges et blanches et dont les sommets étaient couverts de nombreux papillons. Les Français donnèrent à ce fleuve le nom de Mai parce qu’ils l’avaient aperçu le premier jour de ce mois. APRES AVOIR QUITTÉ LE MAI, LES FRANÇAIS EXPLORENT DEUX AUTRES FLEUVES Remontés à bord et ayant levé l’ancre, ils naviguèrent le long du rivage et arrivèrent à un fleuve agréable que le chef de l’expédition voulut explorer lui-même avec le roitelet de ces lieux et les indigènes. Il l’appela Seine par qu’il ressemble au fleuve français la Seine. Il est à une distance d’environ quatorze lieues du fleuve Mai. Remontés sur leurs embarcations, ils naviguèrent vers le Nord. Mais à quelque distance de là, ils trouvèrent un autre cours d’eau assez joli. Pour l’explorer, ils équipèrent deux barques. Ils découvrirent une île dont le roi se montra très humain. On donna au fleuve le nom d’Axona. Il est à environ six milles de la Seine. LES FRANÇAIS EXPLORENT SIX AUTRES FLEUVES Continuant leur navigation et après avoir parcouru environ six milles, ils rencontrèrent un autre fleuve qui reçut le nom de Loire, puis successivement cinq autres dont le premier fut appelé Charente, le second Garonne, le troisième Gironde, le quatrième Beau, le cinquième Grand. Après les avoir explorés à fond sur un espace de moins de soixante milles ils firent de nombreuses observations. Ne s’en tenant pas là, ils avancèrent encore plus au Nord, suivant la route qui pourrait les conduire au Jordan, le plus beau de presque tout le  Septentrion. COMMENT LES INDIENS GUÉRISSENT LEURS MALADIES Voici comment on a coutume de guérir les maladies. Comme on peut le voir sur cette gravure, les Indiens confectionnent de longues et larges claires où ils placent les malades. A l’aide d’un instrument pointu, on fait un trou dans la peau du front et on suce avec la bouche le sang qui est recraché dans un vase de terre ou dans une gourde faite d’une courge. Les femmes qui allaitent ou souffrent de quelque maladie viennent boire ce sang, surtout quand c’est celui d’un adolescent vigoureux, pour que leur lait se bonifie. A d’autres, couchés sur le ventre, on fait des fumigations en jetant sur le feu quelques graines. La fumée, pénétrant par la bouche et le nez, circule par le corps tout entier, provoque des vomissements et chasse la cause de la maladie. Les Indiens possèdent une certaine plante dont le nom est Petua en brésilien et que les Espagnols appellent Tapaco. Les feuilles de cette plante, séchées, sont introduites dans la partie la plus large d’un tuyau. On les allume et les Indiens en aspirent la fumée par la partie la plus étroite du tuyau avec tant de force qu’elle ressort par la bouche et le nez et dissout en même temps les humeurs. Ils sont d’autre part exposés aux maladies vénériennes. Pour les guérir, ils ont des remèdes que leur fournit la nature.   1562 : les Français s’étonnent  des pratiques indiennes en Floride Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions... (suite)   En quête de “curiosités”, ils ne sont pas déçus ! CLIQUEZ ICI