.   1555 : les Français s’implantent... à Rio Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions... Rouen, octobre 1550. Oublié Gonneville ! Cinquante ans après la première et désastreuse expédition française au Brésil, le pays fait toujours rêver ! En témoigne la « fête brésilienne » donnée en l’honneur du roi Henri II et de sa jeune épouse Catherine de Médicis. Pour éblouir la reine et surpasser les riches festivités données un an plus tôt par la ville de Lyon, le « corps municipal » de Rouen ne lésine pas sur les moyens. Outre le cadeau de deux statues en or, « on dresse force obélisques, force temples, force arcs de triomphe, animez de beaux personnaiges, et  l’apothéose de François 1er » rapporte Ferdinand  Denis, en 1850, qui s’appuie sur un imprimé se rapportant à l’événement et daté de 1551. Mais voilà le point d’orgue de la fête. Sur une plage de la Seine, où les arbres ont été décorés pour rappeler la végétation de l’Amérique du Sud, se succèdent des tableaux vivants inspirés des scènes pittoresques « et quelquefois si étranges » que les marins contemplent sur les rivages des fleuves américains. Des cargaisons de bois brésil Ferdinand Denis énumère : « la vie guerrière des Indiens, ses alternatives de joie ou de terreur, les incidents dus au trafic du bois du Brésil, les stratagèmes employés à la chasse, les danses qui succédaient au travail ». Le tout « dépeint au naturel » avec, mêlés à cinquante indiens tupinamba embarqués lors de divers voyages, des marins de Rouen, Dieppe et du Havre largement dévêtus pour la circonstance. Le choix de Rouen s’explique aisément. C’est le port où l’on débarque toutes les cargaisons de bois brésil dont la belle couleur rouge -  de braise (d’où le nom donné au pays !) -  fait les beaux jours des drapiers. Sur les traces de son père, François 1er - opposé aux décrets de la papauté et spécialement à la bulle Inter Caetera par laquelle les découvertes de « terres nouvelles » reviennent à l’Espagne et au Portugal -, Henri II entend créer une colonie au Brésil et met “deux beaux et grands navires” à disposition de l’amiral de Coligny, en 1555. Il revient à Nicolas Durand de Villegagnon de la commander. Son palmarès sort de l’ordinaire. Vice-amiral de Bretagne, Villegagnon s’est depuis longtemps fait remarqué par son intelligence et sa bravoure. Un temps avocat - Calvin était son condisciple à la Faculté de droit d’Orléans -, puis chevalier de Malte, il a combattu, entre autres, les Barbaresques avant d’enlever, sous le nez des Anglais, la jeune Marie Stuart que le roi d’Angleterre destine à son fils pour s’emparer de l’Ecosse. Sous le « Pot de beurre » Parti du Havre en août 1555, la petite escadre atteint la côte brésilienne en novembre. Une première escale au cap de Frie se présente sous les meilleurs jours. Les Français sont accueillis par le roi local avec un « cahouin » (breuvage fermenté qu’on réserve aux hôtes de marque). L’endroit semble idéal, si ce n’est qu’il faut marcher longtemps pour trouver de l’eau douce. Villegagnon choisit de mouiller plus loin, dans la Baie de Guanabara, l’actuel Rio de Janeiro. Sur un îlot qui le tient à distance des cannibales (amicaux mais susceptibles…) et de leurs ennemis, qui sont aussi les siens : les Portugais. L’îlot qui porte aujourd’hui son nom, en bordure de l’aéroport Santos Dumont (photo) – et sur lequel il s’installe avec ses 300 hommes est dominé par le célèbre « Pain de sucre » que l’on appelle alors « le pot de beurre ». Un bastion est construit. Il sera armé de 20 canons. Ainsi nait le Fort Coligny, « embryon d’une future France Antarctique » (Enders, p 36). Fragile embryon… Car la construction du fort, loin de renforcer la cohésion des colons français, l’a fait éclater. Cette dernière, il est vrai, est  déjà pour partie sapée par les conflits internes qui opposent catholiques et protestants. Villegagnon (de confession catholique) y ajoute sa pierre. Il demande trop, beaucoup trop, à ses hommes. Non seulement il les épuise au travail, mais il leur interdit tout commerce sexuel - hors mariage - avec les jeunes Indiennes. Une première révolte est matée. D’autres suivent avec la complicité des « truchements », ces interprètes qui retournent les tribus amies contre Villegagnon. Ce dernier écrit à Calvin. Il le prie « de lui envoyer, depuis Genève, une seconde fournée de colons à la moralité plus éprouvée : au lieu de cette lie de bagnes qui constituait le premier contingent, des militants de la foi réformée pour jeter sur le sol du Nouveau Monde les fondements d’une Eglise régénérée » (Franck Lestringant, p 20). Les nouveaux arrivants -  qui comptent quelques femmes aussitôt mariées - débarquent le 7 mars 1557. Parmi ces calvinistes militants se trouvent les ministres du culte Chartier et Richer, et Jean de Léry, auteur de la future « Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil, autrement dite Amérique ». En mai de la même année, jour de la Pentecôte, un vif débat s’engage à propos du sacrement. A la conception symboliste défendue par Pierre Richer, Villegagnon oppose que le corps et le sang du Christ sont réellement enfermés dans le pain et le vin. « On en appelle à l’arbitrage de Calvin, et le pasteur Chartier rembarque pour l’Europe afin de consulter l’oracle de Genève » (Franck Lestringant, p 21). Rien ne va plus. La France Antarctique - plus que jamais sous la menace des Portugais qui veulent reprendre possession de l’îlot et plus largement de la baie -, semble condamnée à disparaître. Elle tiendra pourtant quelques années encore. Jusqu’en 1567. Il faudra toute l’opiniâtreté du gouverneur général Mem de Sá pour venir à bout de la colonie et de ses fidèles alliés, les Indiens Tamoyos. Edition intégrale établie, présentée et annotée par Franck Lestringant Aux éditions Chandeigne http://editions-villegagnons.com/villegagnon_SHHA.pdf Pour en savoir (beaucoup) plus Le Brésil d’André Thevet. Les singularités de la France Antarctique (1557) Rouge Brésil Jean-Christophe Rufin Aux éditions Folio Prix Goncourt 2001 “La conquête du Brésil par les Français est un des épisodes les plus extraordinaires et les plus méconnus de la Renaissance” Nouvelle histoire du Brésil. 2008. Armelle Enders. Chez Chandeigne “La construction implacable du “géant lusophone” depuis l’arrivée des Portugais en 1500 jusqu’à la présidence de Lula” http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=2836 http://editions-villegagnons.com/THEVET_Lestringant.pdf http://bndigital.bn.br/francebr/frances/antarctique.htm Une fête brésilienne célébrée à Rouen en 1550 Ferdinand Denis, Christovao Valente Google Books RIO DE JANEIRO. L’île de Villegagnon (au centre de l’image) Elle héberge aujourd’hui l’Ecole Navale, reliée par deux ponts à l’aéroport Santos Dumont. Image Google Earth Histoire d'vn voyage fait en la terre dv Bresil, dite Amerique. Contenant la ... Par Jean De Léry, Eustachius Vignon (erfgenamen) Google Books Vue du Pain de Sucre (dans la brume). Google Map (street wiew) 1562 : les Français s’étonnent des pratiques indiennes en Floride Ainsi naît la “France Antarctique”    CLIQUEZ ICI