Le tombeau du roi Pakal ou la découverte inespérée Avant la découverte d'Alberto Ruz Lhuillier, en 1952, les temples-pyramides mayas étaient censés ne pas renfermer de sarcophages… Mexique, Chiapas. Le site archéologique de Palenque figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1987. L'ancienne cité maya est célèbre pour son « Palais », sa « pyramide du soleil » et ses nombreux temples. Des panneaux gravés réunissant jusqu'à 620 glyphes - un record - ont été retrouvés dans l'un d'eux. D'où son nom : le Temple des Inscriptions. Adossé à une grande colline boisée, il repose sur une pyramide à neuf degrés qui le fait culminer à plus de vingt-trois mètres. Là haut, le porche du temple est percé de cinq entrées. On y accède par un escalier de soixante-neuf marches qui relie la base de la pyramide à la plate-forme supérieure. C'est en explorant pour la première fois la nef principale du temple que l'archéologue mexicain Alberto Ruz Lhuillier fait une découverte sensationnelle en 1949. L'une des dalles de pierre qui recouvrent le plancher fait apparaître une double rangée de perforations. L'archéologue est intrigué. Il l'est plus encore lorsqu'il constate que les murs du temple se prolongent sous les dalles. Il doit donc y avoir « quelque chose » en dessous. Effectivement, après quelques coups de pioche se révèlent les premières marches d'un escalier…                                                Faire pivoter la dalle Trois ans, à raison de quatre saisons de fouille et dix mois de travail, seront nécessaires pour retirer péniblement – à cause du manque d'air - toutes les pierres et la terre qui l’obstruent. Les marches, au nombre de quarante-cinq, s'orientent vers l'ouest et devront être dégagées avant d'aboutir à un premier palier, un couloir coudé, lui aussi obstrué, qui nécessitera des jours et des jours de déblaiement avant qu'apparaisse l'amorce d'une seconde volée de marches. Deux pendants d'oreilles en jade sont déposés là. Cette offrande encourage l'archéologue et son équipe à continuer. Après avoir dégagé vingt et une autres marches, orientées vers l'est, une seconde offrande est découverte sous les gravats. Elle inclut des plats en terre et une superbe perle de jade. Et puis, de nouveau, un palier, un couloir à désencombrer. Alberto Ruz Lhuillier le situe à plus de vingt mètres de profondeur, sous le plancher du temple. Ce couloir mène-t-il à un troisième escalier ? Non. Il s'arrête net, obturé par un mur. Après l'avoir abattu, c'est bientôt une grosse dalle triangulaire qui barre le passage. Macabre découverte. Six squelettes, en piètre état de conservation, gisent devant la dalle. Les crânes déformés font penser que ces sacrifiés, manifestement jeunes, appartenaient à l'élite. La dalle résiste un moment. Les ouvriers unissent leurs forces. Elle pivote enfin… Un monument colossal Sous le titre “Palenque et son tombeau royal”, Alberto Ruz Lhuillier raconte les étapes de sa découverte dans le numéro 1 du magazine français Archéologia daté de novembre/décembre 1964. En voici les principaux extraits, avec ses propres mots. Reprenons au moment où la dalle pivote... Nous sommes le 15 juin 1952. Alberto Ruz Lhuillier et son équipe pénètrent dans la mystèrieuse enceinte qu’ils cherchaient avec tant d’ardeur depuis trois ans : “Je me trouvais dans une crypte spacieuse qui semblait taillée dans la glace car ses murs étaient recouverts d’une couche brillante de calcaire. Telle une draperie, d’innombrables stalactites pendaient de la voûte tandis que de grosses stalagmites se dressaient comme d’énormes cierges”. La crypte mesure 9 mètres de long sur quatre de large. La voûte s’élève à près de 7 mètres de hauteur, soutenue par d’énormes poutres de bois polie, noire à veines jaunes imitant le bois... Sur les murs, de grandes figures de personnages moulées dans le stuc semblent monter la garde. Neuf prêtres y sont représentés, un peu plus grands que grandeur nature. Six se tiennent debout, les trois autres sont assis. Ils portent à peu près tous la même tenue : coiffure ornée d’un bec d’oiseau, de longues plumes de “quetzal” et d’un masque humain, manteau de plumes et de plaquettes de jade, petite jupe (ou pagne) retenue par une ceinture décorée de trois petites têtes humaines... En entrant dans la crypte, l’archéologue se trouve, à même le sol, devant un monument colossal, plusieurs vases en terre déposés en offrande et deux belles têtes en stuc qui provenaient probablement d’un ensemble sculptural décorant quelque autre temple : Ces têtes ont été exécutés “avec un réalisme fidèle, une maîtrise absolue de la technique et une sensibillité délicate”. Bien sûr, pour le moment, c’est l’énorme monument qui occupe la majeure partie de la crypte qui retient l’attention. “La pierre horizontale mesure 3,80 m sur 2,20 m, sculptée sur ses côtés et sur sa face supérieure. Elle repose sur un bloc monolithe d’environ 3 m de long sur 2,10 de large et 1,10 m d’épaisseur ; ses côtés sont également sculptés. Enfin, l’ensemble est soutenu par six supports monolithiques dont quatre sculptés”. A l’évidence, la crypte et l’escalier qui la relie au temple à travers la masse de la pyramide ont été construits spécialement pour enfermer ce monument qui pèse environ 20 tonnes. Est-il plein ou bien creux ? Après avoir imaginé qu’il pouvait s’agir d’un autel, Alberto Ruz Lhuillier choisit de le faire percer en différents endroits non sculptés. Un fil de fer introduit dans un des trous ressort maculé de peinture rouge... “Une couleur associée à l’Est qui apparaît presque toujours dans les tombes, sur les murs ou sur les restes humains”. Il restait dès lors à soulever la pierre. Des crics de camions feront l’affaire. Mais avant l’archéologue rédigera sur place “plusieurs télégrammes destinés au Président de la République du Mexique, au directeur de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire et à d’autres personnalités”. Le jour venu, la dalle sera soulevée et fera apparaître un second couvercle, fermant une cavité de forme oblongue, badigonnée de rouge, au sein de laquelle repose un squelette. Celui d’un homme de 40 à 45 ans, de haute stature. “Ses bras et ses jambes étaient étendus, la tête de face et les pieds légèrement ouverts. Sur le fond rouge du cercueil et les ossements que le cinabre recouvrait, le vert éclatant du jade ressortait. Le personnage avait été enterré avec toutes ses pierreries. En outre, sa bouche contenait une belle perle en guise de monnaie pour acheter ses aliments dans l’autre monde et il portait sur le front un diadème fait de petites disques, d’où avait probablement pendu une plaquette taillée en forme du dieu chauve-souris. De fait, il y avait des perles un peu partout. Le personnage en portait plusieurs rangées autour du cou. D’autres étaient enfilées sur les aiguillettes d’un large pectoral. Un bracelet de deux cents semences entourait chacun de ses poignets, chacun de ses dix doigts était cerclé d’un gros anneau de jade”. Et puis, manifestement, au moment d’être enterré, le personnage portait un masque formé par une mosaique de jade. Il est probable que, durant l’inhumation, le masque, fragile, s’était défait. l’archéologue précise : “j’ai pu reconstituer le masque qui doit reproduire plus ou moins fidèlement les traits du personnage”. A la lecture de son long compte-rendu paru en 1964 (Archéologia y consacre ses pages 40 à 51), un fait marquant apparaît : le nom du personnage n’est pas encore connu. Nous savons depuis qu’il s’agit du roi Pakal (23 mars 603 - 28 août 683 apr. J.-C). Monté sur le trône à 12 ans et mort à 80 ans, après un règne mouvementé car il a longtemps été en conflit avec la cité de Calakmul... Abécédaire illustré, interviewes des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions... 1555 : les Français s’implantent... à Rio Abécédaire illustré, interviews des chercheurs, les sites web à consulter, les expositions... CLIQUEZ ICI Dans son tout premier numéro, date de 1964, Archéologia a publié sous la plume d’Alberto Ruz Lhuillier le passionnant compte-rendu de sa découverte (voir pages 40 à 51). L’accès à la crypte au plus profond de la pyramide La face supérieur du monument funéraire Le “personnage” reposait dans une cavité au sein du monument La reconstitution d’Alberto Ruz Lhuillier